Laetitia au fil des mots

Laetitia au fil des mots

Portrait d'un sabotier

En sonnant à la porte de la maison de Romain Speisser, on ne s’attend pas à entendre un bruit de claquement au sol qui traverse la cour pavée de sa jolie maison alsacienne à colombages, située à Rosheim, dans le Bas-Rhin.
C’est le bruit des sabots qu’il porte aux pieds. Il vous accueille sourire aux lèvres, et vous invite à entrer dans son corps de ferme, où de magnifiques poules noires d’Alsace semblent se fondre naturellement dans le cadre.




Maison de Romain Speisser, 2 rue du coin à Rosheim.


Romain Speisser a 36 ans et il est sabotier. 
Un des rares artisans qui pratique encore ce métier en France de nos jours.  Ils sont moins d’une quinzaine à maîtriser cet art.
Originaire de Geispolsheim , Romain Speisser a toujours possédé plusieurs cordes à son arc. Historien amateur, passionné par le bois et la confection d’objets, c’est dans un commerce strasbourgeois qu’il menait sa vie professionnelle.
Une envie de se reconvertir dans une autre voie, associée aux valeurs simples et à l’écologie, l'amène à se tourner vers le métier de sabotier.
Après avoir regardé travailler le dernier sabotier d’Alsace, André Haeberlé, près de Munster, il prend la décision de se mettre à son compte et de redonner un nouveau souffle à ce métier.

 

 


L'atelier de Romain Speisser.

Romain Speisser fabrique des sabots à porter. Nombreux sont les clients qui s’adressent à lui pour son savoir-faire, son travail de qualité, et les services qu’il propose, comme celui de faire des sabots sur mesure.

Toujours à l’écoute des souhaits de sa clientèle, il rabote l’intérieur d’un sabot pour celui dont le cou-de-pied est trop fort, ou encore pour celle qui est gênée par un cor au pied par exemple.

Dans l’artisanat, rien n’est impossible, et Romain Speisser met un point d’honneur à  contenter tout le monde.
Dans son atelier on renifle l’odeur du bois, on se réchauffe auprès d’un vieux poêle  alimenté par les chutes de bois des sabots qu’il fabrique.

 

 

L'étagère à sabots (modèles).



On pose les yeux sur les vieilles machines qu’il possède, et l’on se retrouve au début des années 1900. Le temps paraît s’être arrêté dans ce vieux corps de ferme où il fait bon vivre.

Les grumes de bois qui serviront à la fabrication des sabots gisent dans la cour, on y trouve du peuplier, du hêtre, du bouleau ou du frêne.
Il se les procure dans les jardins ou les vergers de particuliers, ou sur des parcelles de forêts qu’on lui met à disposition.
Pour le choix des brides des sabots, Romain Speisser se rend chez un tanneur de la région.



 Romain Speisser. 

 

Si certains n’ont jamais quitté leurs sabots, pour d’autres, il est désormais devenu le produit vintage à chausser absolument ! 

Imaginez une promenade dans le vignoble. Vous y trouverez probablement le vigneron taillant sa vigne sabots aux pieds.
Au détour des champs, vous découvrirez encore certains producteurs d’asperges chaussés de sabots ou encore quelques  éleveurs de bétail rentrer ou nourrir leurs bêtes.

En traversant les petits villages, vous aurez sans doute l'occasion de croiser un habitant qui se rend dans son jardin,  un autre qui sort sa poubelle ou qui va à sa boite aux lettres. Ne soyez pas étonnés ! le sabot revient à la mode, et pourquoi s'en priver ?

Quelle facilité de garder ses chaussons aux pieds et de les glisser dans une paire de sabots plutôt que de se déchausser, d'enfiler ses chaussures pour avoir à se re-déchausser !

Romain Speisser affirme aussi que certains bricoleurs les portent pour se protéger contre les chutes d’objets. Le sabot étant épais, il assure une protection maximale. Ils font de même  lorsqu’ils travaillent avec de l’électricité, le bois n’étant pas conducteur.



 


Un forgeron viendra apporter son témoignage en disant :  " J’aime porter des sabots, ils sont bien moins sensibles aux chocs , et les dégâts qui peuvent être occasionnés par les projections incandescentes sont moindre par rapport à  une chaussure de  sécurité en matière synthétique. "

Les personnes participant à des reconstitutions historiques portent des sabots par souçi d'authenticité, selon les périodes de l'Histoire. Certains groupes de carnaval et les groupes folkloriques en sont également friands.


Mais comment fabrique-t-on des sabots ? 

Les sabots se taillent toujours dans du bois frais de sciage, encore humide et malléable.
Tout commence par la grume de bois qui est découpée en billons puis en quartiers. Ces derniers sont taillés en rectangles et sont la base du sabot.
Puis, l’artisan rogne rapidement les coins et casse les arêtes, fixe la pièce sur la machine copieuse, où il a déjà placé en vis-à-vis le modèle plein selon la taille choisie.

 

 


La copieuse à sabots, datant du début des années 1900.



Notons qu’en Alsace, la taille du sabot se mesure encore en pouces contrairement au reste de la France où on la mesure en centimètres.

 




Zoom sur la copieuse...

 

 

Une fois le travail de la scie terminé, le rectangle s’est transformé en réplique exacte du modèle, et passe ensuite, selon le même processus, à la creuseuse pour l’évidage.

 




La creuseuse, début 1900.



Pour les finitions, il se sert de l’outillage à main traditionnel : le poussoir pour lisser les contours, la cuillère pour racler le dessus et l’intérieur, la rouanne pour gommer toutes les aspérités dans la pointe du pied et le paroir, sorte de grand couteau, servant à la finition extérieure.
Il faut compter environ 1H15 à 1H30 pour fabriquer une paire de sabots.


Quelques photos pour découvrir les objets cités ci-dessus :



Le paroir.



La cuillère.


La rouanne.


Si le métier de sabotier est un vieux métier, il suscite encore aujourd’hui de l’intérêt chez les anciens et chez les plus jeunes.
Depuis qu’il a ouvert son atelier, nombreux sont les gens qui l’appellent pour lui parler de ce métier qu’ils ont bien connu parce que l’un de leur proche l’exerçait, par exemple. Ou de jeunes adolescents qui se renseignent sur les formations à suivre, les stages à faire pour pouvoir un jour, à leur tour, transmettre ce savoir-faire.





Paire de sabots cloutés en cas de neige



Saint René, le patron des sabotiers, n’a pas de souci à se faire, ce métier pourrait bien redevenir l’artisanat de demain.

Si, au détour d’une visite en Alsace, votre route vous emmène jusqu’à Rosheim dans le Bas-Rhin, n’hésitez pas à pousser porte de l’atelier de Romain Speisser !


Vous rencontrerez cet homme passionné qui vous parlera de son art en toute simplicité.
Vous découvrirez sa maison et son atelier où le temps s’écoule paisiblement, bercé au rythme de ses  machines anciennes, des cloches de l’église romane qui tintent un peu plus loin, du caquètement des poules, du bruit des sabots…





Sabot décoratif



A quels prix ?



Les prix des sabots varie en fonction de la taille et du type de bois utilisé
pour la confection :
Comptez entre 35 et 55 euros pour une paire en bois dur, comme le hêtre ou le
frêne.
Et entre 20 et 45 euros pour une paire en bois tendre, comme le bouleau ou le
peuplier.

 

 

 


Romain Speisser possède également une petite boutique dans son corps de ferme.

Poussez l’ancienne porte typiquement  alsacienne faite de bois et de verre, levez les yeux au plafond resté en l’état, vous serez charmés par ce lieu. Votre  regard sera ensuite attiré par tous les objets en bois qu’il confectionne sur le thème du sabot : porte-clés, bougeoirs, suspensions florales, sabots décoratifs.
Mais surtout, Romain Speisser fera tout ce qui est en son pouvoir pour satisfaire les demandes de sa clientèle.



Vous trouverez les coordonnées, et toutes les infos utiles, sur le site de Romain Speisser :
http://sabots-speisser.com/site/accueil-sabotier-speisser-rosheim/
03.88.68.99.93


Laetitia P.
16.02.2013

© Laetitia P.  Toute reproduction interdite sans l'autorisation de
l'auteur.
Tous droits réservés.

 







14/02/2013
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